Les Cendres ont une mémoire (4/60)
Épisode 4 - Le dernier dirigeable
Voss a resserré ses doigts autour des miens.
- Quoi que vous entendiez, ne répondez pas.
Sa voix avait retrouvé son assurance, mais sa main tremblait encore. Un frottement a résonné devant nous comme si quelque chose traînait sur les rails.
- Adrien… j’ai froid.
Il m’a entraînée dans la direction opposée. J’avançais à tâtons, une main contre le mur. Derrière nous, le frottement s’est accéléré.
- Il y a une sortie au bout ? ai-je murmuré.
- Un escalier. Continuez !
Une faible lumière filtrait sous une porte. Et dans cette pénombre, j’ai trébuché sur une traverse. Par chance, Voss m’a retenue avant que mon genou heurte le sol. À ce moment-là, le bruit s’est arrêté tout près et j’ai senti une odeur de linge humide et de chair brûlée. Voss m’a poussée derrière lui et a rallumé sa lampe.
Dans le faisceau, à quelques mètres, une silhouette se tenait courbée sous la voûte. Une main reposait sur chaque rail. Une autre s’agrippait à une conduite au-dessus de sa tête. Il a tiré. La détonation m’a assourdie. La silhouette s’est repliée et nous avons couru jusqu’à la porte. Pendant que je soulevais le loquet, Voss surveillait le tunnel. Nous nous sommes engouffrés dans l’escalier. Il a refermé la porte derrière nous et coincé sa main mécanique dans le volant de verrouillage faisant crisser les engrenages. Et alors qu'un choc a fait trembler la porte, le volant a achevé sa rotation.
- Ça ne la retiendra pas longtemps.
Nous avons rapidement gravi les marches jusqu’à l’air libre.
Dehors, le froid m’a coupé le souffle. Au-delà des toits de Bellécendre, les cheminées crachaient leur fumée dans un ciel couleur de rouille. Plusieurs panaches de vapeur s’échappaient maintenant du quartier que nous venions de quitter. Mon atelier était là-dessous.
Voss m’a laissée reprendre haleine, puis a désigné une tour d’amarrage derrière les entrepôts. Un dirigeable flottait à son sommet. Je n’en avais plus vu depuis l’effondrement. Son enveloppe sombre portait de larges pièces de toile cousues. Sous la coque suspendue, deux hélices tournaient lentement dans des cages de cuivre.
- Vous voyagez là-dedans ?
- Quand on ne m’oblige pas à courir dans les égouts.
À la passerelle, une femme aux cheveux gris nous attendait, une carabine au creux du bras.
- Vous avez mis du temps, capitaine.
Son regard s’est arrêté sur moi.
- C’est elle ?
Voss a acquiescé. Et la femme s’est effacée pour nous laisser monter :
- Sa cabine est prête.
Je me suis arrêtée devant la passerelle :
- Depuis quand saviez-vous que je viendrais ?
La suite, demain ! Mais pour ça, il faut être sage. ;)
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